Une journée en Enfer

A l’heure où l’on ne se fait plus d’illusions sur la transposition de gameplays 2D à la 3D – passage qui a tué certaines icônes, comme Sonic-, la sortie de Splatterhouse (et de Kid Icarus, mais c’est un autre sujet) remet le couvert sur une thématique récurrente d’un marché en repli sur ses licences phares et/ou passées. Fruit d’un développement douloureux, ce relancement/remaniement de ce titre arcade/Megadrive infirme pourtant littéralement l’inadéquation présupposée. La question que pose Splatterhouse est simple : quelles licences 2D peuvent passer le cap de l’ajout d’un axe Z et d’une caméra flottante dans leur représentation et gameplay, et ce sans perdre leur identité ou se réinventer ? Abrupt, très linéaire, servi par un gameplay frustre et rigide, l’original de Namco (1988) reposait entièrement sur son atmosphère, gore, troublante, et ses retournements de situation pour satisfaire un public adolescent, amateur d’écorchés.

Le Splatterhouse d’aujourd’hui repose sur des mécaniques identiques, à l’équilibre à peine retouché: un peu de plateforme, et surtout beaucoup d’empoignades au dénouement sanglant. Mieux, tous les gimmicks de la série sont respectés à la lettre: des cadavres qui glissent sur l’écran de la télé aux pouvoirs du masque. Plus qu’un reboot, ce Splatterhouse-là a tout du pastiche de fan, mais un pastiche intelligent, conscient des exigences narratives actuelles. Les ellipses du premier volet trouvent donc ici des réponses, le masque maléfique interroge le joueur sur sa soif de violence – des jauges cachées mesurent son appétit-, et la présence de Jennifer – et donc d’objectifs clairs- se fait plus prégnante, entre cinématiques et photos souvenirs (et coquines) à collecter. Un peu de Silent Hill 2 ? Mais, ce qui permet à Splatterhouse de réussir sa conversion sur dernière génération, c’est bien le rythme de son échappée. La lenteur inhérente à la série, son concept désuet « d’une pièce, un challenge », s’accorde à merveille avec les codes actuels du beat them all accaparés par God of War. Accueilli avec réserves dans ses précédentes incarnations, Splatterhouse ne fait que confirmer, ici, sa « biserie » assumée. Et c’est bon !

Paru originellement dans Joypad 215 (Janvier 2011)

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