La vie en noir

 

(paru dans PlayStation Magazine N°53)

Le choc est immédiat : avec son noir & blanc expressionniste, arraché à La nuit du chasseur de John Laughton – la scène de la rivière y est même rejouée-, ses éclairages travaillés, et ses silhouettes en guise de personnages, Limbo étonne, intrigue puis ravit. Alors que certains studios luttent pour créer un monde cohérent, visuellement attirant, Playdead se suffit d’ombres mouvantes, d’une grisaille constante pour installer son univers de film muet. En guise de scénario, un simple prétexte : un enfant se réveille dans une forêt et part à la recherche d’une fillette, peut-être sa sœur. Tout aussi elliptique, la suite de l’histoire n’apporte que peu de réponses, préférant multiplier les situations glauques et les puzzles de plus en plus biscornus. Il y a bien quelques êtres vivants, mais leurs cadavres, parfois outils pour avancer, finissent par joncher ces limbes monochromes. Oui, Limbo est sombre, porté par des thématiques matures, thématiques qui sont parties prenantes du gameplay.

Dans Limbo, chaque puzzle, ou presque, est synonyme de décès assuré pour le héros. En effet, loin de installer confortablement le joueur dans une progression constante, fluide, trop aisée , le titre de Playdead lorgne plus clairement en direction des jeux des années 80, des Another World ou des Rick Dangerous dans lesquels trépasser plusieurs fois avant de comprendre la mécanique d’une énigme était la norme. Du « die & retry »  donc, que reproduit consciencieusement Limbo tout en adaptant cette recette aux exigences d’accessibilité actuelles. Oui, on meurt, mais on ressuscite juste avant le dernier puzzle tenté. Côté pièges, on oscille parfois dans le déjà vu, avec des puzzles physiques, des pièges à loup ou caisses à déplacer, voire des mécanismes à mettre en marche, mais leur mise en scène, leur déclenchement, les rend uniques. Du bon niveau, mais très loin de la difficulté de ceux, casse-têtes, de Braid. Court, mais dense, bien pensé, Limbo est peut-être un peu cher… Mais l’expérience vaut le coup !

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Une réflexion sur “La vie en noir

  1. Limbo est maintenant devenu un grand classique des jeux vidéo glauques. Beaucoup de développeurs essayent de s’en inspirer. Je prends pour exemple Inside, qui arrive parfaitement à nous mettre dans cette atmosphère morbide et presque malsaine.

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