La poésie des espaces finis (Oquonie)

IMG_1362

Sonorités mécaniques de boite à musique, dédale de pièces connectées, isométrie 8bits sans doute nostalgique, Oquonie prend d’abord des airs des déjà-vu, déjà joué, comme approuvé/éprouvé par une génération de joueurs trentenaires ou quadra. Si, si, souvenez-vous: Crafton & Xunk, Head Over Heels, ou, plus proche, plus connu, Cadaver, des titres qui, derrière leur représentation, reposaient sur un level design/puzzle qu’il fallait décrypter, déchiffrer avant de progresser, pas à pas, une salle à la fois. Oquonie, c’est la même mécanique générale de révélation/puzzle. Plus esthétisante certes, mais la routine de découverte par l’échec, par la répétition, est ici à nouveau conviée. Pour ouvrir des portes, passer d’une salle, d’un monde à l’autre, l’avatar revêt de nouvelles formes, de nouvelles identités ( dinosaure, cochon, oiseau, etc) qui sont autant de clefs vers leurs propres univers. Mais, avant d’enfiler ces « masques », le joueur doit d’abord collecter trois icônes « à leur image» en « s’entretenant » avec les animaux/habitants de ce labyrinthe. L’affaire se complique puisque certains se terrent dans des « poches » d’univers.

IMG_1365

Des classiques de l’isométrie, Oquoni ne retient finalement que la passion pour les puzzles, pour ces énigmes qui dépassaient en complexité maladive tout ce que le point & click a pu inventer: aller dans une pièce, puis en revenir, rebrousser chemin, pour atterrir dans une nouvelle salle, est à la fois déroutant, et pourtant rapidement usuel dans Oquonie. Bientôt, ce sont des schémas de déplacements complexes, tout d’allers/retours, entre plusieurs masques, plusieurs « univers » qu’il faut mémoriser, retenir, quitte à parfois se livrer au requin, le bouffeur/effaceur d’identités/masques et courses précédentes, pour nettoyer sa progression. Oui, un reset physique de l’avatar, un reset de la personnalité, presque comme Fred Madison, le héros de Lost Highway (1997, David Lynch), dans cette scène où il s’enfonce et se noie dans l’obscurité comme dans une matière, comme dans un liquide.

En fait, derrière sa façade amusante, naïve, presque enfantine, il y a quelque chose d’inattendu, de perturbant, on l’a dit, de presque lynchien dans ces masques, dans ces identités qui ne sont qu’apparences, ou dans ce langage inarticulé, tout d’images et phylactères, que pratiquent les habitants de cet espace fini, clos, presque claustrophobe, et, paradoxalement, en constante ouverture vers des ailleurs tout aussi clos, et fermés sur eux-mêmes. Commencer Oquonie, c’est être projeté dans La quatrième dimension, dans un rêve, sans mode d’emploi sur la manière de pratiquer cet objet ludique non identifié. Sa magie, c’est aussi de se laisser apprivoiser comme son langage ludique devient celui du joueur. Si l’on ne parle pas Oquonie en fin de partie, on parvient néanmoins à le lire.

Le site du jeu: http://wiki.xxiivv.com/Oquonie

Le site de Rekka Bell: http://kokorobot.ca

Publicités

2 réflexions sur “La poésie des espaces finis (Oquonie)

  1. Pingback: Etat des lieux ( et surtout de Geek-o-Matick) | Geek -O- Matick

  2. Ça me fait penser à Closure en mieux. Dans Closure j’avais la sale impression d’enchaîner les énigmes dans un univers abscons, sans fondements. Dans Oquonie, selon ta belle comparaison avec Lynch, l’univers me paraît mystérieux, pas abscons.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s